“La fierté d’un élu est bien entendu de faire avancer les projets pour son territoire.”

Parole de Territoires

Stéphane CARDENES, Maire UDI de LIRAC, Conseiller communautaire de l’Agglo du Gard Rhodanien

Située dans le département du Gard, en Région Occitanie, Lirac est administrée depuis 2011 par Stéphane Cardènes, un élu de terrain, qui souhaite que sa commune soit un exemple de convivialité et de solidarité. Entre projets, engagement et inquiétude, le maire ne manque pas d’ambition pour son territoire.

Question : Élu rural, très impliqué dans la vie locale, de quoi êtes-vous le plus fier et qu’est-ce qui suscite le plus d’inquiétude au maire que vous êtes ?

Stéphane Cardènes : La fierté d’un élu, rural ou non, est bien entendu de faire avancer les projets pour son territoire. Je pense à la construction de l’école communale que j’ai pu lancer, ce dossier était assez lourd à porter. C’est plus de 6 ans de travail pour enfin voir sortir de terre cet équipement structurant pour la commune de Lirac. Dans le même temps, je porte la construction d’un pôle médical, d’une maison de retraite, d’un groupe de logements sociaux, la relocalisation de la bibliothèque communale, une zone d’activité agricole avec une aire de lavage des machines agricoles ainsi qu’une zone photovoltaïque. L’inquiétude vient de la faible lisibilité de l’avenir de la commune. En effet, les règles, les normes changent souvent, et nous devons nous adapter chaque année pour faire face et trouver des solutions afin d’avancer dans nos projets. Nous ne savons pas trop ce que seront les compétences des communes dans 10 ans et quelles seront les fonctions de l’élu dans ce nouveau cadre.

Q : La population de Lirac est composée de 45,93 % d’actifs. 11,7 % des habitants de la localité sont chômeurs, ce qui résulte en un chiffre plus important que celui du territoire français (10,4 %) (source le Monde INSEE 2014 http://www.lemonde.fr/languedoc-roussillon-midi-pyrenees/gard,30/lirac,30149/ ), comment le maire d’une commune de moins de 1000 habitants peut-il tenter d’inverser cette courbe ?

S.C. : En dehors de l’activité viticole, nous n’avons que très peu d’emplois locaux. Je ne pense pas que dans ces conditions la marge de manœuvre du maire soit importante. Toutefois, le fait de se battre pour maintenir les équipements et les services communaux permet de stabiliser la dynamique communale. Après nous cherchons à développer notre territoire en fonction de nos forces et des opportunités. Ainsi, la venue prochaine d’un pôle médical, d’une maison de retraite, d’une zone d’activité agricole permettra de créer une quinzaine d’emplois ; ce qui est important pour notre commune.

Q : En février dernier vous avez manifesté avec bon nombre de parents d’élèves contre la fermeture de classe affichée dans le projet de carte scolaire de septembre prochain. Quelle est la suite de cette action ?

S.C. : L’inspection académique avait proposé de fermer une classe car il nous manquait 2 élèves. Par la force de la discussion, de la démonstration et de la persuasion nous avons réussi à inverser l’avis de l’Académie. En effet, nous venons d’arrêter notre PLU, de nouveaux terrains seront proposés à l’urbanisation et la population doit augmenter. De ce fait, ne nombre d’enfants également. Que ce soit, le corps enseignant, l’association des parents d’élèves et les élus, nous avons tous poussé dans le même sens… et nous avons réussi ! Aucune classe ne sera fermée à la rentrée 2017. Enfin, le “hasard” veut que les inscriptions d’enfants augmentent depuis deux mois.

Q : La fusion de communes est-ce une bonne solution ? Avez-vous envisagé cette perspective ?

S.C. : Avant de parler de fusion, nous devons réfléchir à mutualiser nos moyens et équipements. La fusion est le dernier étage de la fusée. Malheureusement nous commençons par celui-ci, ce qui crispe pas mal de maires. Je pense qu’on peut être intelligent. Mettre en commun ses services, son personnel, ses marchés publics est une première étape indispensable. Cela permettra de prouver que cela marche. Et progressivement passer à une autre étape pour aboutir à une coopération très intégrée entre commune proches. L’État doit aider les collectivités à mettre en place plusieurs niveaux d’intégration et de coopération entre les communes. Toutefois, intégration ne signifie pas disparition. Les communes restent un maillon essentiel de notre territoire, elle doivent évoluer mais non disparaître. J’ai déjà approché les communes proches pour leur proposer des coopérations. Nous y travaillons mais cela demande du temps.

Q : Quel regard portez-vous sur la politique actuelle de notre pays notamment sur les réformes, comme la réforme territoriale, et au-delà sur la baisse des dotations d’État ?

S.C. : Je ne suis pas contre les réformes, nous en avons besoin. Toutefois, le modèle pyramidal imposé ne me parait pas une bonne méthode. Je suis pour l’expérimentation, le retour d’expérience pour la fabrication d’un ou plusieurs modèles. En France tout doit passer par Paris, cependant, nous avons également notre avis. La réforme territoriale doit venir en partie des élus locaux. Elle doit être expérimentée sur des parties du territoires puis il faut en tirer les enseignements. C’est lorsque l’on voit que l’expérimentation marche qu’elle doit être érigée en modèle et non l’inverse. En gros, nous avons un sacré gros problème de méthode dans ce pays. Juste un exemple, il n’est pas normal que dans notre pays si singulier dans ses territoires, qu’il n’y ait qu’un seul Plan Local d’Urbanisme. C’est pourquoi, il me semblerait opportun d’expérimenter deux types de PLU. Pour les communes de – de 5000 habitants et un PLU pour les autres communes. Il est absurde de proposer des règles urbaine dans les communes plutôt rurales. Car nous construisons la ville à la campagne ce qui engendre une destruction d’un urbanisme séculaire face à un urbanisme de densification et de rentabilité. Expérimentons-le, puis définissons les règles dans un second temps. Enfin, la baisse des dotations, c’est le ralentissement de l’activité économique pour notre territoire car nous réduisons notre fonctionnement et notre investissement. Donc nous faisons moins travailler les entreprises locales. Pour autant je pense que les collectivités doivent faire des efforts et la coopération entre les communes reste une source d’économie. Mais pour permettre la coopération, l’expérimentation, le développement de nos communes, il faut aussi nous le permettre. Si à chaque fois qu’on porte un projet, les administrations bloquent nos dynamiques alors nos territoires vont mourir sous le poids des règles et des normes. Alors libérez les maires et vous libérerez nos territoires !

 

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