Parole de Territoires : Michel Gonord, Maire (SE) de Champagne-sur-Seine (77)

“Gérer une ville, c’est garantir un équilibre permanent…”

Ancienne cité ouvrière, qui a vu la Compagnie Schneider s’y implanter au début du XXe siècle, Champagne-sur-Seine, située entre Seine et forêt, ne manque pas d’atouts notamment en termes de cadre de vie et d’Environnement. Élu à la tête de la ville depuis 2014 Michel Gonord tient à mener une politique tout à la fois ambitieuse, dynamique et réaliste. Entretien.

Le Forum : Champagne-sur-Seine a été la première commune réquisitionnée par la Préfecture pour accueillir en urgence les premiers réfugiés en provenance d’Irak et de Syrie. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Michel Gonord : Aujourd’hui, la situation est stabilisée, mais tout s’est joué dans les premiers jours. Revenons déjà presque 2 ans en arrière, le 7 septembre 2015, lorsque j’ai appris l’arrivée, pour le 9 septembre, d’une centaine de réfugiés. La population n’était pas prête et j’ai dû organiser dès le lendemain, et dans l’urgence, une réunion publique qui a rassemblé 250 personnes : des « pours », des « contres », et une majorité de champenois, inquiets, qui voulaient avoir des informations. Cette réunion a permis de rassurer. et nous n’avons pas de difficultés majeures à gérer, du fait notamment d’un bon encadrement par la Croix Rouge Française.

Le Forum : Ville au long passé ouvrier, il semblerait que Champagne-sur-Seine ait la volonté de s’épanouir dans un plaisir collectif. Pour cela, il y a l’idée d’instaurer une journée citoyenne et aussi de lancer le projet du cabinet médical de santé dès cette année 2017.

M.G. : Ces deux projets répondent à des besoins différents : Champagne, ville de 6500 habitants, comptait encore 4 médecins il y a quelques années, 2 actuellement qui arrêteront leur activité en fin d’année. Pour lutter contre cette désertification médicale, nous avons donc pris la décision de créer un Centre de santé, avec 3 médecins salariés par la commune. Les paramédicaux seront également locataires dans ces locaux ce qui permet de disposer d’un véritable Pôle santé d’ici fin 2017. La volonté d’instaurer la journée citoyenne à Champagne est née du témoignage de son créateur, Fabian Jordan, maire de Berrwiller. Sa journée citoyenne, reconduite depuis 10 ans, lui a permis de créer des liens avec ses administrés : 40% de ses habitants y participent désormais pour réaliser une trentaine de chantiers. Ce lancement sur Champagne va se faire le 23 septembre dans des conditions favorables puisque nous avons mis en place des comités de quartier, un conseil des sages et un conseil municipal d’enfants qui vont proposer des projets de chantiers et les réaliser.

Le Forum : Sensible à l’Environnement, vous avez la volonté d’engager votre commune dans une politique de développement durable. Comment déclinez-vous cette politique ?

M.G. : Elle se décline à deux niveaux et en 2 temps ; dès mon élection, nous avons lancé une étude patrimoniale pour réduire les besoins énergétiques des bâtiments communaux et nous avons sensibilisé nos agents aux économies d’énergie et au tri sélectif. Au niveau global, nous étudions la possibilité de couvrir les toits de l’ancienne usine par des capteurs photovoltaïques et de placer des hydroliennes dans la Seine pour produire de l’énergie renouvelable destinée à la revente. En bord de Seine, nous allons également transformer une zone de bâtiments en friche en une zone verte de renaturation.

Le Forum : Une photothèque et une salle des jeunes à Champagne-sur-Seine : deux événements majeurs en termes de culture et d’animation se sont dernièrement déroulés à Champagne-sur-Seine.

M.G. : Nous avons en effet la chance d’avoir un club renommé et ancien puisqu’il a été créé en 1948 et a reçu depuis de nombreuses récompenses au niveau national. Son exposition annuelle est couplée avec notre salon de la gastronomie ce qui permet d’enrichir le nombre de visiteurs sur chacun de ces salons. N’oublions pas également les temps forts que sont la fête de la ville, la fête de la nature, et autres moments festifs qui rythment l’année. La salle des jeunes se veut plus confidentielle, elle a pour objectif d’accompagner quelques jeunes dans la réalisation de projets accompagnés par un animateur, comme des projets autour du VTT ou du théâtre.

Le Forum : Votre commune entretient un tissu associatif très dynamique, notamment dans le domaine sportif mais aussi culturel et humanitaire. Avec pas moins de 60 associations qui œuvrent au quotidien, ce tissu associatif est important pour le « bien-vivre ensemble » ?

M.G. : Important pour le “vivre ensemble”, oui bien sûr car ces associations offrent à nos administrés une richesse, une diversité d’activités et je ne saurai trop remercier les bénévoles qui en assurent l’animation ou la gouvernance. Important aussi pour l’image, notre ville a besoin d’être fière de ses champions, et c’est le cas, qu’ils soient coureur, nageur, tennisman, photographe, boxeur, joueur de boules lyonnaises ou de billard, j’ai plaisir à les féliciter pour leurs succès nationaux, voire mondiaux…

Le Forum : Quelles sont vos priorités à venir avant l’échéance électorale de 2020 ?

M.G. : Gérer une ville c’est garantir un équilibre permanent entre 3 priorités :

  • le quotidien qui est l’attente, la partie visible de nos concitoyens ; je pense à l’état de la voirie, à la propreté, aux écoles, à un commerce présent et dynamisé
  • les nouveaux projets, ceux que nous avons écrit dans notre programme et dont nous devons souvent assumer la lenteur et la dérive des coûts mais dans un objectif louable : redonner du dynamisme et une bonne image pour la cité
  • les dossiers imprévus qu’il va nous falloir souvent gérer dans l’urgence : les inondations, des immeubles squattés, et ceux que je citais tout à l’heure, l’arrivée de réfugiés, le départ de médecins.

Le Forum : Quel regard portez-vous sur la politique actuelle de notre pays notamment sur les réformes, comme la réforme territoriale, et au-delà sur la baisse des dotations d’État ?

M.G. : La baisse des dotations de l’état est un sujet douloureux car il impacte le budget de fonctionnement dont la moitié doit être consacrée aux frais de personnel. Par ailleurs, vu la situation économique de nos concitoyens il nous est difficile d’augmenter les impôts communaux qui permettrait d’avoir des recettes complémentaires. Enfin, nous sommes vigilants sur les emprunts contractés pour les nouveaux projets car ils renvoient le montant des intérêts sur le budget de fonctionnement. Résultat : augmentation naturelle des salaires, pas d’augmentation des impôts, intérêts des emprunts et baisse des dotations, l’équation du budget de fonctionnement devient un vrai casse-tête. De manière plus générale, le mille-feuille des organisations ne facilite pas la mise en place et la réalisation des projets. On espérait une simplification par la suppression des départements ce qui aurait amené 3 strates : commune, communauté de communes et région ; ils ont été conservés mais il a été ajouté les communes nouvelles. On se rend ainsi vite compte que les projets les plus efficients sont ceux que l’on montera avec l’appui de l’état, via l’aide de la dotation aux territoires ruraux, ou en partenariats avec le privé et les grandes entreprises semi-publiques.

Droits photos : Mairie Champagne-sur-Seine

« Gérer une ville, c’est garantir un équilibre permanent… » 

« Gérer une ville, c’est garantir un équilibre permanent… » 

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