Parole de Territoires : Martial Bourquin Sénateur-Maire (PS) d’Audincourt (25)

« Les baisses de dotations sont des ponctions aveugles, mal conçues… »

Située dans l’un des plus beaux départements de France, le Doubs, la commune d’Audincourt, près de 15 000 habitants, ne manque pas d’ambition à l’image de son Sénateur-Maire, Martial Bourquin, qui ne ménage pas ses efforts. Rencontre avec un Édile qui poursuit sa marche en avant pour le plus grand bien de sa ville.

Forum : L’immigration a été au cœur de la campagne présidentielle. À ce propos vous avez déclaré il y a quelques mois : « Il faut de la générosité et pas d’angélisme ». Vous avanciez même qu’il faut revoir les accords avec la Grande-Bretagne.

Martial Bourquin : Tout d’abord, je tiens à préciser que la ville d’Audincourt accueille des réfugiés, 30 à 35 personnes, et cela se passe très bien. Je ne comprends pas du tout la campagne à l’encontre de l’accueil des réfugiés, vis-à-vis de personnes qui ont subi la guerre. Il faut de la générosité, car la France a également connu des périodes assez sombres dans sa longue Histoire, elle a su trouver dans ces moments-là, des pays amis, qui ont accueilli des Français. Pour en arriver plus précisément à votre question, il faut reconnaitre que la Grande-Bretagne a joué un rôle assez catastrophique avec la « jungle de Calais », notamment avec le débat sur les espaces d’attente qui devaient se faire en Grande Bretagne et non en France.

Forum : Avec le Brexit, la donne n’est plus la même.

M.B. : Vous avez raison ! Toutes ces questions seront revues après le Brexit, et il y aura certainement des accords bilatéraux, c’est ce que je souhaite ! Voyez-vous, le Pays de Montbéliard est une terre d’immigration, il s’est construit avec la grande industrie, avec des Polonais, Marocains, Algériens, Portugais etc… L’immigration est naturelle chez nous, le vrai problème de l’immigration, c’est l’intégration, l’insertion. Et la première insertion, quoi qu’on en dise, c’est l’emploi et le logement. Si nous avons une politique d’emploi et de logement, je ne vois pas pourquoi les politiques d’immigration ne fonctionneraient pas.

Forum : En avril dernier vous avez exprimé votre soulagement dans un communiqué sur le futur d’AEE (Automotive Exteriors Europe) repris par Flex-N-Gate. Une rencontre avait même été prévue entre vous-même et Shahid Khan, PDG de Flex-N-Gate, sur le site d’Audincourt. Vous pourriez nous en dire plus.

M.B. : Pour la petite histoire, Monsieur Khan est un immigré pakistanais, un réfugié, qui est devenu un grand industriel américain. Je l’ai rencontré en Mairie afin qu’il puisse nous expliquer comment il souhaitait s’implanter durablement à Audincourt et plus généralement en Europe. Il m’a affirmé qu’il souhaitait investir cette année sur le site d’Audincourt 10 à 15 millions d’euros ; il va également consolider la partie recherche et développement. Vous l’imaginez, c’est un soulagement pour notre commune avec des perspectives très intéressantes pour ce site.

Forum : Vous êtes très réactif quand il s’agit de politique d’austérité, de baisse des dotations, comment abordez-vous ces difficultés sur votre commune, et de manière plus générale comment les territoires peuvent-ils aborder leurs finances dans les années à venir, quelles capacités d’innovations devront-ils avoir ?

M.B. : Nous allons parler franchement ! En effet, nous avons perdu 2,3 millions d’euros de fonctionnement pour la ville d’Audincourt en 4 ans, c’est énorme, cela représente 40 emplois. Audincourt fait partie des villes les plus pauvres de France. La baisse de dotation n’est pas simplement la DGF (Dotation Globale de Fonctionnement), c’est aussi le FPIC (Le Fonds national de Péréquation des ressources intercommunales et communales). Or nous apprenons que le nouveau Président de la République pourrait doubler cette ponction de 7 à 11 milliards d’euros, ce qui me parait tout à fait impossible. En tant que Sénateur, je vois que certaines communes de mon territoire ont des difficultés à boucler leurs budgets et sont proches d’avoir des budgets en déséquilibre. Cette volonté de retirer 7 à 11 milliards aux collectivités territoriales est une erreur fondamentale et stratégique. En effet, nous avons des demandes fortes et légitimes de nos concitoyens comme la sécurité, le logement, le scolaire, l’accueil des personnes en difficultés etc. De ce fait, les charges des communes s’accroissent, des services, dont nous n’avions pas la charge auparavant, s’ajoutent à nos compétences, la police de proximité n’est plus là, c’est notre police municipale qui a pris le relais, malgré cela on nous baisse drastiquement les dotations. J’ai affirmé à plusieurs reprises, durant les 5 années du mandat de François Hollande, que ces baisses des dotations n’étaient plus supportables. La richesse par habitant n’a pas été assez prise en compte, les baisses de dotations sont des ponctions aveugles, mal conçues. C’est un peu facile de régler le déficit du pays uniquement sur les Collectivités Territoriales. Les Collectivités Territoriales pour rappel ne créent pas de déficit, car nous sommes obligés de boucler notre budget en équilibre, ce qui est loin d’être le cas pour l’État.

Forum : À l’heure de la révolution numérique, quelle est la portée de celle-ci au sein de votre commune ? Et que réalisez-vous-en la matière ?

M.B. : C’est effectivement un enjeu majeur ! On m’a récemment indiqué que le fibrage sera réalisé d’ici à 2022. C’est une nécessité urgente. Le numérique, la digitalisation, c’est le 21ème siècle, or nous sommes déjà au 21ème siècle et notre commune ne bénéficie toujours pas du très haut débit. Je dois avouer être surpris du retard.

Forum : Retard qui est dû à ?…

M.B. : L’opérateur me parle de rentabilité. Je pense que l’État, les Départements, devraient avoir un plan de couverture du territoire. Des grands pays en termes de superficie comme le Canada l’ont fait, mais le problème c’est qu’il faut mettre les moyens. De vrais moyens ! Aujourd’hui on privilégie les Métropoles au détriment des Territoires. En effet, la loi concernant le très haut débit, le Numérique, a été mal conçu. À l’époque de cette loi, je me disais déjà qu’il n’y aurait pas de péréquation. Lors du quinquennat qui nous attend, si on veut avoir cette France moderne, si on veut garder nos entreprises dans la ruralité, nos services publics, nos populations, l’idée d’avoir le très haut débit sur l’ensemble du territoire, je dis bien l’ensemble du territoire, est une question capitale. Or vous le savez bien, dans beaucoup d’endroit il y a encore des zones blanches. En 2017, c’est inconcevable !

Forum : À mi-mandat, quelles sont vos priorités à venir avant l’échéance électorale de 2020 ?

M.B. : Je pense qu’il faut continuer d’investir : la qualité et le nombre des logements font partie de nos priorités. En effet, nous avons un taux de vacances de logements importants. Nous démolissons puis nous reconstruisons, notamment des logements de qualité, mais nous mettons également en place un écoquartier. La question de l’environnement est vitale, il est important de se sentir bien chez soi. Après, c’est l’emploi. Je parlais de l’Industrie, mais il y a également l’emploi dans les services avec plusieurs investissements dans ce secteur d’activité sur notre commune. Un autre point, la santé. Nous risquons de perdre la moitié de nos médecins. L’un de nos élus, exerçant dans ce domaine d’activité, travaille sur un projet de Maison de santé pluridisciplinaire afin de faire face à cette carence qui arrivera dans 4 à 5 ans. Les questions concernant la cohésion sociale doivent se poser dans d’autres termes. En effet, la ville d’Audincourt fait beaucoup pour ses associations, il faut une attention nouvelle pour aider ses associations et avoir un maillage citoyen. J’ai mis beaucoup de moyen sur la sécurité, avec l’installation de 60 caméras sur la ville, car nous aussi, nous avons des problèmes liés à la sécurité. Nous nous sommes donc dotés d’un centre de vidéo surveillance de qualité, j’ai également doublé notre police municipale. Par contre, il nous faudrait une police de proximité, à l’instar des bobbies en Angleterre, et revenir à ce qu’avait mis en place Lionel Jospin. Ce fut une regrettable erreur que de retirer la police de proximité. Quoi qu’on en pense, il y aura toujours des difficultés à avoir une cohésion sociale, si nous n’avons pas la paix sociale !

Droits photos : mairie Audincourt

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